La Bastille, un écrin de verdure entretenu par la Mutualité Française Isère
Découvrez le chantier Bastille, chantier d’insertion de la MFI, qui s’attèle à entretenir les espaces verts autour de la Bastille, à Grenoble.

À flanc de montagne, promontoire sur les contreforts de la Chartreuse offrant un panorama d’exception sur Grenoble et les massifs environnants, se dresse le fort militaire de la Bastille. Un site à la fois emblématique et exigeant : une végétation foisonnante, des falaises vertigineuses, des escaliers abrupts, des usages culturels et sportifs variés… Entre nature et patrimoine, la Bastille fait l’objet d’un entretien constant, mobilisant toute une diversité d’acteurs (techniciens en espaces verts, cordistes pour les falaises, spécialistes du bâti, etc.), indispensable à sa préservation comme à sa fréquentation.
Depuis plusieurs années, c’est la Mutualité Française Isère, par l’intermédiaire de Chantiers Solidaires, sa structure d’insertion par l’activité économique (SIAE), qui assure, aux côtés de la Ville de Grenoble, l’entretien des espaces naturels qui bordent la Bastille. Rencontre avec Anthony Grondin, chef d’équipe et encadrant technique du chantier d’insertion en charge des espaces verts de la Bastille et Manon Gueydan de la Direction Nature en Ville de Grenoble.
Un entretien au fil des saisons
Ancien ouvrier, Anthony Grondin a trouvé sa vocation dans l’entretien des espaces verts. Héritée de ses parents réunionnais, sa passion pour la nature s’exprime aujourd’hui à la Bastille, où il encadre une petite équipe de salariés en insertion, partageant avec eux son savoir-faire. Des prairies Guy Pape au Glacis, en passant par la montée du Musée archéologique Saint-Laurent et, exceptionnellement, l’accès au Mont Jalla qui surplombe la Bastille, il veille toute l’année à la propreté, la sécurité et la mise en valeur de ce patrimoine. « J’adore les espaces verts, j'adore la nature. Et j'aime bien l'entretenir pour la rendre encore plus belle, tout simplement, » confie-t-il.

Pour mener à bien sa mission, Anthony se repose sur une organisation saisonnière bien rodée. L’été est consacré au débroussaillage et à la taille de buissons pour garder les chemins praticables. L’hiver, place à la sécurisation du site : pose, entretien et réparation des garde-corps et clôtures, travaux de peinture, serrurerie, maçonnerie légère… Même les jours de pluie sont mis à profit pour entretenir le matériel. Tout au long de l’année, son équipe assure également l’entretien général du site : le désherbage, le nettoyage des caniveaux en bord de chemins, le ramassage des déchets et le vidage des poubelles. Et chaque année, les prairies, notamment celles du parc Guy Pape, sont préparées pour accueillir des classes venues observer la nature, avec l’aménagement de sentiers et d’espaces pédagogiques.
Une polyvalence saluée par la Ville de Grenoble : « Le chantier solidaire - Bastille fait tellement de choses, » explique Manon Gueydan. « Ce sont des hommes à tout faire, mais aussi nos yeux sur le terrain : Anthony fait remonter chaque problème et sait quoi faire immédiatement. La relation de confiance qui s'est installée est très agréable. » Géographe de formation, aujourd’hui en charge du marché de l’entretien du site naturel de la Bastille, Manon organise chaque mois une réunion avec Anthony et la directrice du chantier afin de faire le point sur les travaux réalisés, d’ajuster les priorités et de planifier les interventions à venir.
Un site aux multiples contraintes
À la Ville de Grenoble, la gestion des espaces verts suit une logique écologique : limiter les arrosages, privilégier la biodiversité et appliquer une « gestion différenciée » selon les usages. Mais à la Bastille, la fréquentation et la topographie imposent des contraintes supplémentaires. « C’est un site très fréquenté, en pente, dégradé, érodé… donc potentiellement dangereux. Il doit donc être parfaitement entretenu, » souligne Manon. Elle précise : « Il nous arrive de sécuriser des zones où les visiteurs ne devraient pas aller, notamment près des précipices, car certains y passent malgré tout. Nous orientons aussi les chemins pour protéger le milieu naturel. »
Sur ce site de près 30 hectares, les zones confiées à la MFI pour l’entretien voient la végétation reprendre rapidement sa place après chaque intervention. Anthony qualifie ce cycle « d’éternel recommencement ». Et pour autant, cela semble ne jamais le décourager : « Quand je suis venu travailler ici, j’ai découvert un site magnifique qui ne demande qu’à être entretenu. Chaque fois que je vois des photos ou des vidéos sur les réseaux sociaux, je me disais : "C’est débroussaillé, c’est propre, et c’est nous qui avons fait ça." C’est une vraie fierté. »

L’équipe doit aussi répondre aux obligations légales de débroussaillage (OLD), visant à prévenir les risques d’incendie autour des bâtiments occupés, du fort et du téléphérique. Des opérations exigeantes, menées à la débroussailleuse et à la tronçonneuse, mais qui contribuent à la sécurité et à la mise en valeur du site. « On redécouvre des arbres, des fleurs et parfois même des espèces protégées qui avaient disparu sous les ronces et les buissons, » raconte Anthony, enthousiaste.
« Quand je suis venu travailler [à la Bastille], j’ai découvert un site magnifique qui ne demande qu’à être entretenu. »
Anthony Grondin
Entre biodiversité et invasives : un équilibre délicat
Reconnue comme réservoir de biodiversité, la Bastille est aussi classée Zone Naturelle d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique. Plus de 200 espèces animales et 500 espèces végétales y cohabitent. Dès lors, la gestion des espaces verts est volontairement différenciée : une part est laissée au naturel, tandis que les abords des chemins sont sécurisés. Certaines zones abritent des orchidées protégées, dont l’ophrys abeille et l’orchis de Provence, qu’Anthony et son équipe ont appris à identifier pour les préserver lors du débroussaillage.
Parallèlement à cette préservation, s’ajoute une lutte contre les espèces invasives, dont la propagation réduit la biodiversité. À la Bastille, l’ailante et le robinier faux-acacia menacent les espèces endémiques et modifient l’équilibre des écosystèmes. Chaque année, l’équipe d’Anthony mène des opérations d’arrachage des invasives, parfois en partenariat avec des jeunes en service civique, comme cette année avec Unis-Cité. « Il serait dommage de voir le paysage de la Bastille changer, alors que nous avons de belles essences locales, » rappelle Manon.
La Bastille, un terrain d’insertion sociale
Au-delà de la préservation du site, la MFI inscrit son action dans une logique d’insertion professionnelle. L’équipe est composée de personnes éloignées de l’emploi, encadrées par Anthony et une conseillère en insertion professionnelle. Il s’agit souvent de personnes ayant peu travaillé, rencontrant des obstacles pour retrouver un emploi, ou qui ont connu des difficultés personnelles et se retrouvent depuis plusieurs années sans activité. L’insertion leur offre une étape pour reprendre pied et retrouver le chemin du travail.

Anthony transmet son savoir-faire avec patience et pédagogie. Certains découvrent les outils d’entretien pour la première fois, d’autres révèlent rapidement des compétences inattendues. « Tout le monde a droit à une seconde chance », explique Anthony. « Mon rôle est de leur apprendre un métier, en sécurité, et de leur transmettre ce que j’ai moi-même appris. » Alors, il montre l’exemple, répète les gestes, encourage, corrige et félicite. Et à ses yeux, la progression de ses équipiers est une véritable satisfaction : « Quand ils trouvent un emploi ailleurs, je suis très fier d’eux. C’est aussi à ce moment-là que je mesure pleinement l’utilité de mon travail. »
« Tout le monde a droit à une seconde chance. Mon rôle est de leur apprendre un métier, en sécurité, et de leur transmettre ce que j’ai moi-même appris. »
Anthony Grondin
Floriane Bajart pour la Mutualité Française Isère






