Prendre en compte l’envie de sortir... C'est le premier des souhaits exprimés par les résidents d’un EHPAD lors d’une enquête présentée au Colloque « A l’écoute de l’ennui des vieux » en novembre 2010. Mais comment ?
Déjà un sociologue/photographe était venu dans l’établissement nous poser la question de la représentation des personnes âgées dans notre tissu social. Voilà déjà un élément de réponse.
Sortir, c’est donc aller vers l’extérieur et aussi se montrer aux autres. Le regard sur les personnes âgées et leur propre regard sur eux même n’est-il pas un enjeu majeur, très actuel de l’intégration de nos « anciens » dans la vie sociale ?
Pourquoi ne pas prendre au mot cette envie de sortir de l’institution, cette envie d’aller voir le monde ?
Pourquoi pas la visite de l’exposition « Chagall et l’avant-garde russe ? » qui a lieu à Grenoble et pour laquelle la communication est particulièrement importante ! Déjà 90 000 visiteurs à ce jour ! Cela donne l’occasion d’aller à Grenoble et la plupart découvriront le musée.
C’est donc aussi prendre au mot l’accès à la culture pour tous. Elle entre déjà aux Solambres par Marie-Marthe Mathon, praticienne et garante de la question de l’Art dans notre établissement, avec les résidents. Mais cette fois, c’est nous qui irons à la culture.
Tout d’abord, la projection des tableaux de l’exposition aux Solambres, un préalable à la visite.
Montrer un diaporama pour susciter la curiosité et familiariser les potentiels visiteurs au monde assez personnel de Chagall. Marie-Marthe écarte toute l’avant-garde russe, se concentre sur 2 ou 3 thèmes et envisage un parcours pas trop long et cohérent lors de la visite. Notre médiatrice au Musée est informée par mail. Cela se passera bien, le musée tenant à favoriser son accès à tous les publics. Une bonne attention lors du diaporama, de l’intérêt pour la majorité des participants qui sont au nombre de 12. Trois résidents ayant assisté à la projection ne seront pas à la visite et vice-versa.
Notre ami Chagall prend de la consistance…
La visite elle-même
Quelques lourdeurs liées au transport ; monter et descendre des voitures, rejoindre l’ascenseur, même si le musée est bien pensé, il y a toujours à marcher un peu… mais les participants sont en confiance et se plient avec bonne volonté à l’exercice. Nous sommes dix accompagnateurs (animatrice, bénévoles, familles…Marie-Marthe et la psychologue) et, dans les salles, hors deux fauteuils roulants, chacun
dispose d’un siège pliant. Les déplacements que nous avons limités dans le musée s’opèrent avec de plus en plus de fluidité, chacun tournant son siège pour profiter au mieux des peintures exposées sur les différents murs d’une salle. Aux trois salles, nous ajoutons un passage par « la rue », espace sans oeuvre, tout blanc, très lumineux, qui plaît beaucoup à nos visiteurs !
L’accueil chaleureux de l’animatrice du musée met les visiteurs à l’aise et ceux-ci, en réponse à ses commentaires de tableaux prennent pour quelques instants la parole. Les questions naissent dans les esprits. Chacun est confronté à ce que l’oeuvre lui fait vivre. Certains en font part : pourquoi cette douce folie dans sa peinture ? et l’utopie, pourquoi faire ?
Elle est bien loin des Solambres ! L’évasion est double et doublement appréciée ! L’angoisse n’est pas de mise et les résidents même parfois désorientés, se laissent aller à leur curiosité et à l’étonnement en douceur.
Enfin, l’animatrice nous ouvre l’espace très coloré où ont travaillé les enfants et ce détour est agréable.
Chacun repartira avec une carte de l’exposition et nous nous dirigeons vers le parvis afin de prendre, assis sur les murets, une collation proposée par Nicole Truche, l’animatrice des Solambres.
Le retour est une occasion de parler sur les villages traversés, les personnes qui y habitent… Nous échangeons un peu sur ce que l’on vient de voir… Marie-Marthe compte proposer, dans le cadre de l’Atelier, à partir de productions et de photocopies, un « travail » en lien avec les tableaux que nous avons vus.
Ramenons donc la culture à la « maison »… que chacun s’en inspire pour remettre en chantier la création !
Nous le savions déjà, ni la vieillesse, ni même la démence n’empêchent à une personne d’être touchée par une oeuvre, d’en saisir pleinement la portée affective ! Elle n’empêche pas non plus à la création de pouvoir se déployer dans les esprits. En voici la preuve !
Vivement la prochaine fois !
[Marie-Marthe MATHON, diplômée en Beaux Arts et Lyse ALTOUKHOVITCH, psychologue]

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