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22 Octobre 2015

HISTOIRES DE VIE ET BOÎTES À SOUVENIRS

Atelier de réminiscence et boîte à souvenirs dans trois résidences mutualistes de la Mutualité Française Isère SSAM (MFI SSAM)
Accompagnées par le service Prévention Promotion de la Santé (PPS) de la Mutualité française Rhône-Alpes (MfRA), des professionnelles de trois résidences de la Mutualité Française Isère SSAM (l’Arche à Charvieu Chavagnieu, Bois d’Artas et Vigny Musset à Grenoble) mettent en place et animent des ateliers de réminiscence depuis trois ans. Ils ont pour objectif de permettre à des habitants de ces résidences de construire une boîte racontant leurs souvenirs, à travers le choix d’un certain nombre d’objets.


Dès le départ, il a été prévu que ces boîtes soient exposées au grand public. Ce projet a été coordonné et animé tout au long de son déroulement par Sonia Bonneville, responsable de projets en Prévention et Promotion de la Santé de la Mutualité française Rhône-Alpes, rompue à la méthodologie d’histoire de vie.

Les professionnelles de la MFI SSAM se sont tout d’abord familiarisées aux outils et à la méthodologie de ce type de démarche, en les expérimentant sur elles-mêmes. Travailler à énoncer et écrire son propre récit puis à réaliser sa boîte à souvenirs dans un processus d’élaboration collectif, permet de vivre le processus. Elles ont ainsi éprouvé la narration de soi ; elles ont expérimenté les chemins qui nous font choisir ce que l’on décide de raconter et ce qu’on laisse sous silence ; elles ont compris une partie des mécanismes d’émergence de certains souvenirs. C’est de cette manière que le professionnel sera au mieux préparé  par la  suite à  proposer cette démarche aux habitants.

 

Un atelier de réminiscence, qu’est-ce que c’est ?

Un atelier de réminiscence s’inscrit dans un processus qui vise à un mieux-être ; mieux- être passant par l’évocation biographique, puis, dans le projet « Je me souviens… »,  par la réalisation de boîtes à souvenirs. Le choix s’est porté sur la réalisation de boîte plutôt que de la seule écriture biographique, car  ce support permet une approche multisensorielle intéressante pour les personnes âgées : prendre, toucher, entendre, sentir les objets ont été autant de moments vécus par les participants. Un atelier de réminiscence n’est pas un atelier mémoire, bien qu’il travaille à partir de ce principal matériau, la mémoire biographique.

Arlette Goldberg,ethnologue, professionnelle référente en la matière écrit : « Un atelier de réminiscence n’est pas un atelier mémoire destiné à améliorer les performances mnésiques. Son objectif est de donner du plaisir à ceux qui y participent, à atténuer le sentiment de solitude, les états dépressifs, à renforcer et à valoriser le sentiment d’identité ».[1]

 

9 mois, le temps d’un processus :

Dessiner sa ligne de vie et son arbre généalogique

Chacun dessine sa trajectoire de sa naissance à aujourd’hui, en signifiant les moments importants, les dates. S’il ne peut pas le faire lui-même,  il guide l’animateur de l’atelier dans la réalisation de cette mise en forme. Dessiner sa trajectoire, la rendre visible, faire trace de son parcours de manière très concrète, c’est une manière de la mettre à l’extérieure de soi. Travailler à lui donner une forme singulière, SA forme, c’est l’intégrer à « l’intérieur de soi ».

Chacun réalise ensuite son arbre généalogique à partir de consignes très simples : il  permet de se situer  dans la lignée familiale, de reprendre  l’histoire de la famille en miroir de l’histoire sociale,  de la Grande Histoire (les guerres, les épidémies, les chocs économiques…).

 

Raconter SON  histoire

Le narrateur raconte sa vie en s’appuyant sur ces deux modélisations. Il la raconte à travers deux dimensions principales : son histoire singulière et les contextes de vie dans laquelle elle est en jeu. Le recueilleur de récit cherche à visualiser les moments de vie. Un peu comme un metteur en scène, il a besoin de connaître le décor de l’anecdote racontée : était-ce dehors, ou à l’intérieur ? Comment était cet intérieur ? Un appartement ou une maison ? Faisait-il jour ou nuit ? Faisait-il chaud ou froid ? Un quartier populaire ou bourgeois ? Petit à petit, il accompagne le narrateur à reconstituer la scène, à apposer les détails qui la dessine.

Les participantes et les participants à « Je me souviens… »  ont pour la majorité des troubles mnésiques, et pour certains d’entre eux la maladie d’Alzheimer. S’il a été pour certains plus difficile que pour d’autres de décrire les détails, tous y sont parvenus à leur manière. C’est à travers l’accompagnement de la  démarche qu’une telle attention a été possible. Raconter son histoire singulière est un moyen de la retrouver, de l’ordonner, d’élaborer un « tout », qui situe la personne dans son histoire personnelle depuis sa naissance, dans son histoire familiale à travers sa généalogie, dans l’histoire sociale avec ses transformations. Décrire les contextes sociaux dans laquelle l’histoire singulière s’inscrit, au travers de ses cultures familiales, des mondes scolaires, des mondes professionnels, ceux des activités, des loisirs, des jeux…  donnent des éléments au narrateur  pour comprendre en quoi ces mondes le construisent. Cette démarche donne du sens et de la valeur, en s’intéressant aux grands moments d’une vie mais également (c’est à dire de manière égale) aux petites choses du quotidien. De ces manières de faire que l’on ne décrit jamais parce qu’elles semblent insignifiantes et qui  pourtant  tracent le portrait de chacun d’entre nous.

 

Questionner-Ecouter-Ecrire - Retranscrire

Des feuilles et un crayon à papier, le crayon à papier est l’outil qui glisse le mieux sur la  feuille.

« Racontez vos grands-parents ou plus loin encore… » et ça commence. L’entretien peut être très directif, les questions nombreuses pour parvenir à visualiser les moments de vie. Il faut par conséquent être attentif à ne pas plaquer sa représentation. Le meilleur moyen d’y parvenir est de replacer le personnage au cœur de la scène, de lui faire décrire SON expérience, qui est forcément différente de n’importe quelle autre, de laisser la place au JE. Et dans le même temps, de situer le JE dans le nous, celui qui relie l’individu au social, au travers d’un événement sportif, d’une guerre, du souvenir d’une chanson, de la description du terril où il allait chercher le charbon enfant. Lui faire décrire qui étaient présents comment étaient-ils ? Gros, grands, blonds, bruns, quels âges, filles, garçons, du quartier, ou de la cour d’immeuble ? Décrivez-la, du béton, des arbres ? Besoin d’avoir les éléments pour reconstituer la scène : décor, personnage, temporalité, sentiment… et faire dérouler ce film de mots. Attraper les expressions du narrateur, qui sont souvent de purs moments de poésie : « J’entendais l’odeur du café quand il était prêt ». Et nous voilà plongé dans cette sensation, mais oui elle a raison, on ENTEND l’odeur du café quand il est prêt !

Une fois le récit récolté, arrive l’étape de la retranscription, rendre fluide, lisible la parole, pour la restituer à la personne âgée, qu’elle ait  le  sentiment que c’est bien son histoire avec ses mots.

 

Construire la boîte à souvenirs et l’exposer

Puis, souvent en groupe, les animateurs  accompagnent  les personnes âgées dans le choix des objets qu’elles souhaitent mettre dans leur boîte, jusqu’à leur exposition. Ce temps revêt plusieurs fonctions :

- C’est un temps rassurant, où la personne âgée à travers l’objet  s’affirme. Arlette Goldberg à nouveau, écrit : « Chez les personnes âgées atteintes de déficits cognitifs, voir et manipuler des objets, qu’il s’agisse d’objets usuels, liés au métier, aux travaux domestiques, aux loisirs ou à la culture, n’est pas agressif, ne risque pas de mettre en échec, rassure même… ».

- C’est un temps d’échange avec les autres  participants et les proches qui peuvent être associés à cette étape, et être sollicités pour ramener une photo, une paire de chaussures, un petit mannequin de bois… L’objet devient le médium d’une autre communication.

- C’est un temps de transmission intergénérationnelle avec les proches et le public puisque le choix initial était d’exposer ces boîtes, de les rendre publiques. Nous sommes alors véritablement dans un processus de re-socialisation, où la personne âgée, témoin d’une époque, porteuse d’une histoire, choisit de montrer tel aspect de son histoire, plutôt qu’un autre. Elle a ensuite pu, durant les trois temps forts d’exposition, devenir le guide de son musée miniature, racontant son parcours aux visiteurs à travers les objets mis en scène.

 

Conclusions

Tous les participants déclarent que cet atelier a eu des effets bénéfiques. Certains voient un moyen de transmettre une part de leur histoire aux membres de leur famille, d’autres affirment prendre plaisir à voir leur boîte comme on verrait son portrait. Tous ont particulièrement apprécié les moments de vernissage des expositions, comme étant des temps valorisants, de réels échanges, où ils se sont sentis acteurs. Certaines familles, quant à elles, disent découvrir des facettes de leurs parents, toutes y voient une attention particulière portée à leur proche. Les professionnelles recueilleuses d’histoire ont été étonnées de découvrir certaines facettes des participants, voire de découvrir les plus discrets.

Il demeure important de rappeler qu’une telle démarche demande l’implication forte de l’ensemble des acteurs : les habitants qui se lancent dans cette aventure, leurs proches qui s’impliquent également, les professionnels qui vont devenir les animateurs de ces ateliers, les directions des établissements qui détachent un temps conséquent pour qu’un tel projet soit possible.

Ces ateliers s’inscrivent comme une véritable démarche de promotion de la santé, dans le champ  de la prévention de la perte d’autonomie. Mais au-delà de cette inscription, l’élaboration et la mise en pratique de ce dispositif ont été conçus pour que ses animatrices soient en capacité, les années suivantes, de le mener de la manière la plus autonome qui soit afin que la MfRA puisse en faire bénéficier d’autres établissements mutualistes.

 

A ce jour au-delà des expositions organisées dans les établissements concernés par la démarche chaque année, ce projet a été valorisé :

-          auprès du grand public où il a fait l’objet de deux temps forts d’exposition le 16 octobre 2014 à Villefontaine et 25 septembre 2015 à Montalieu Vercieux dans le cadre de forums, co-piloté par la Mutualité française Rhône-Alpes et le département de l’Isère accueillant des aidants proches et des professionnels de l’accompagnement. A chaque fois environ deux cent personnes ont pu voir « Je me Souviens, l’exposition… ».

-          dans un cadre universitaire, où il a fait l’objet d’une communication dans un colloque international organisé par lesUniversités Paris Ouest Nanterre La Défense et Paris Panthéon Sorbonne : «  Re-member » – Récit de soi, mémoire et identité, les 10-11 avril 2015.

 

[1] Goldberg Arlette, Réaliser une boîte souvenirs, les objets supports de mémoire, Chronique sociale, 2008. Arlette Goldberg, Ethnologue, a longtemps travaillé en milieu gérontologique et gériatrique en France.  En 1998, elle a été formée à Londres à l'approche diffusée par le Réseau Européen de Réminiscence dont elle est devenue la partenaire française.

 

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